L’Orchestre symphonique de Québec sur la scène de la salle Louis-Fréchette lors du dévoilement de la saison 2026-2027. (Photo : courtoisie OSQ)

Ludwig Van Montréal 
16 avril 2026
Par Béatrice Cadrin 

Le contraire eût été étonnant, compte tenu du nouvel élan qui a gagné autant l’orchestre que le public depuis son arrivée : Clemens Schuldt restera à la tête de l’Orchestre symphonique de Québec pour un mandat additionnel d’une durée de quatre ans, consolidant leurs liens au moins jusqu’en 2031. La bonne nouvelle a été annoncée devant près de 500 personnes s’étant déplacées pour assister au dévoilement de la programmation de la saison 2026-2027, une démonstration supplémentaire de l’engouement entourant le dynamique chef allemand. L’OSQ, présent sur scène, a récompensé ces ardents mélomanes de trois prestations musicales : la Danse hongroise no 1 de Brahms, le divertissant Allegretto extrait de la Huitième symphonie de Beethoven et un extrait du dernier mouvement de la Quatrième symphonie de Tchaïkovski.

Passant du slogan « Parce que c’est Clemens » à la formule « Parce que c’est l’orchestre », la prochaine saison pivote les projecteurs en direction des membres de l’orchestre pour les faire briller à la fois collectivement et inviduellement. « Les deux premières semaines vont être comme un mini-festival pour les musicien·ne·s », annonce Schuldt, faisant référence aux concertos pour orchestre de Bartok et de Lutoslawski, et au Boléro de Ravel, des œuvres déployant toute la richesse des couleurs de l’orchestre.

Au fil de la saison, cinq membres de l’orchestre occuperont l’avant-scène en tant que solistes, soit la violon solo Sheila Jaffé et le violoncelliste solo Blair Lofgren dans le Double Concerto de Brahms, le trompettiste Andre Dubelsten en tant qu’interlocuteur égal à la pianiste Eva Gevorgya dans le Premier concerto pour piano de Chostakovitch, le premier clarinettiste Stéphane Fontaine dans le Concerto pour clarinette d’Aaron Copland et le percussionniste Bryn Lutek dans « Chanson à la mort » extraites des Cinq chansons pour percussion de Claude Vivier.

Cela n’empêche évidemment pas l’OSQ de recevoir par ailleurs des solistes invité·e·s. Des noms tels qu’Inon Barnatan, Arabella Steinbacher, Timothy Chooi, Kristine Balanas, Martynas Levickis, Marie-Ange Nguci et Luka Coetzee s’ajoutent à ceux de Vadim Gluzman, qui ouvrira la saison avec le Concerto pour violon de Beethoven, et de Marc-André Hamelin, qui interprétera le Deuxième concerto pour piano lors du premier concert du Festival Brahms.

Clemens Schuldt dirigeant l’OSQ lors du dévoilement de la saison 2026-2027.(Photo : courtoisie OSQ)

    En effet, poursuivant sur la lancée du Festival Beethoven de 2025,l’ OSQ propose en novembre prochain une plongée dans l’univers deJohannes Brahms avec un florilège de concerts, conférences,discussions et activités. « Je ne voulais pas juste faire commed’habitude. Tous les concerts du Festival ont Brahms comme point dedépart, mais proposent des associations inattendues, un voyageentre tradition et modernité, » illustre Schuldt.  Le festival permettrabien sûr d’entendre certaines oeuvres marquantes du compositeur,telles que la Troisième symphonie et le Requiem allemand , qui verra le Choeur de l’OSQ et les solistes canadiens Lauren Margison et GordonBintner se joindre à l’Orchestre, mais ce sera également l’occasion defaire revenir le chanteur hors-normes Nils Wanderer pour faire vibrerles murs du Diamant lors d’un Party Brahms combinant la voix ducontreténor, les instruments de l’orchestre symphonique et lamusique électronique.

Le trio américain Time for Three sera l’invité du Concert en jeans,formule introduite par Schuldt en voie de devenir tradition, ayant enson coeur une oeuvre concertante « moderne dans un styleaccessible. » « Les musiciens du trio Time for Three sont exactementle type de musiciens que je cherche, des musiciens qui peuvent fairel’ aftershow avec moi. Ils vont interpréter une pièce de Kevin Puts
aveclaquelle ils ont remporté un Grammy, dans laquelle ils doivent chantercomme un groupe pop. »

Est-ce que le public de Québec accepte plus facilement ce type deprogrammation qu’un public européen? Le chef glisse dans sa languematernelle pour répondre : « Je n’aurais pas osé une telleprogrammation en Allemagne! Les Allemands ont une âmeconservatrice, ils n’aiment pas par exemple qu’on mélange Adèle etCohen avec Monteverdi, » ce que l’OSQ a fait avec beaucoup desuccès lors de la première venue de Nils Wanderer. « Il faut changerla recette de concert avec laquelle j’ai grandi, celle d’une ouverturesuivie d’un concerto et d’une symphonie après la pause. La jeunegénération en particulier a grandi en écoutant des listes de lecturemélangeant tous les styles. » L’éclectisme de ses programmationsreflètent le cours de ses propres séances musicales au piano à lamaison : « Je commence avec Chopin, je me mets à improviser, jeglisse dans du jazz… Je n’accepte pas les frontières. Quand j’étaisjeune, un de mes musiciens préférés était Stéphane Grapelli. »
« Changer la recette » passe aussi par le renouvellement durépertoire. À chaque saison depuis l’arrivée du directeur musical,l’OSQ a commandé la création d’une nouvelle oeuvre. La compositricechoisie pour produire la prochaine commande est Emilie Lebel , « une compositrice très intéressante, qui écrit beaucoup pour lesorchestres de jeunes. Elle va écrire deux nouvelles pièces pour nous,dont une danse québécoise. »

Le renouvellement du mandat de Clemens Schuldt signifie qu’il sera de la partie pour les célébrations du 125e anniversaire de l’ OSQ en 2027-2028. « On va mettre l’accent sur l’histoire de l’orchestre, sur les tout débuts, on va inviter des solistes ami·e·s de longue date de notre orchestre, mais on va aussi essayer de réinventer quelques traditions,de trouver de nouvelles formules et de commander des oeuvres hors des sentiers battus. J’aimerais bien qu’on démontre – comme à chaque année – qu’on est à la fine pointe de l’innovation. Je crois que ça n’a pas encore été annoncé, mais je me permets de le dire : il est question d’une grande tournée canadienne pour l’orchestre. »

L’avenir du plus vieil orchestre au Canada est fait de lendemains qui chantent.