Convivialité et originalité avec Clemens Schuldt

Par Christohpe Huss – Le Devoir
23 mai 2024

CRITIQUE / Le nouveau directeur musical de l’Orchestre symphonique de Québec (OSQ) dirigeait mercredi soir le concert de clôture de sa première saison dans un Grand Théâtre très bien rempli. Le programme Paris à travers les siècles était à l’image de l’originalité de la programmation du chef allemand, mais aussi de l’esprit qu’il insuffle à la vie musicale à Québec.

Certains signes ne trompent pas. Lorsque le 15 mai les préventes de billets pour la saison à venir atteignent les niveaux habituels du mois de septembre, c’est qu’il se passe quelque chose. Après avoir pris place au Grand Théâtre [de Québec], on ne met pas longtemps à comprendre.

Se saisissant d’un micro, Clemens Schuldt a l’art de vous faire sentir à l’aise et en famille. Il commence par remercier tout le monde pour cette première saison. Après la pause, il rendra un hommage chaleureux (dans un français soigné) à deux musiciens, dont l’une part à la retraite, tandis que l’autre prend un recul progressif. Il enchaîne, en leur hommage, avec une oeuvre non prévue au programme : la Fanfare de La Péri de Dukas, qui, mine de rien, annonce admirablement le début du Psaume 24 de Lili Boulanger.

Expressivité

La Symphonie no 31, « Paris », de Mozart, est un spectacle en soi. Dirigeant sans baguette, le chef se démène sur tous les fronts avec une gestique très imagée qui ne cache rien de ses intentions musicales. Son Mozart est passionnant, très vivant, avec un 2e mouvement qui chante comme un grand air d’opéra sans paroles. Il sera important de continuer à programmer Mozart (ou Haydn) pour travailler la finesse et la réactivité de l’orchestre. Le résultat est déjà plus qu’encourageant.

La soprano Hélène Guilmette et le chef Clemens Schuldt. (Marc-Éric Baillargeon)

Seconde qualité de ce concert : la programmation hors des sentiers battus. En collaboration avec le Palazzetto Bru Zane avaient été retenues de rares mélodies françaises orchestrées de Massenet et de Saint-Saëns. Malgré les efforts de prononciation d’Hélène Guilmette, il aurait été utile de projeter les paroles.

La soprano est dans une excellente forme vocale. Elle a fait preuve, dans le Gloria de Poulenc également, de nuances subtiles et de sonorités filées très fines et bien contrôlées. On a apprécié chez Clemens Schuldt l’art d’accompagner la soliste avec des sonorités diaphanes dans Massenet.

En seconde partie, le chef avait choisi deux psaumes de Lili Boulanger, dont il a souligné l’expressivité exacerbée, et le Gloria de Poulenc, oeuvre à la fois jubilatoire et complexe.

Schuldt a très bien joué des contrastes, mais nous adhérons davantage à l’idée de Yannick Nézet-Séguin de placer la soprano soliste entre le choeur et l’orchestre afin que sa voix semble émaner de la communauté chantante plutôt que d’être placée à l’avant-plan comme une soliste classique.

Il y a aussi lieu de ne pas faire de pause et d’enchaîner les mouvements « Gloria » et « Laudamus Te ». L’oeuvre doit être chantée d’un seul souffle. Le Choeur de l’OSQ n’est pas le plus subtil qui soit, mais il a bien maîtrisé cette partition difficile pour clore en beauté une saison à laquelle on aurait souvent bien aimé avoir accès à distance par Internet, tant ce qui se passe à l’OSQ semble désormais passionnant.

Le Choeur et les musiciens de l’Orchestre symphonique de Québec, sous la direction de Clemens Schuldt. (Marc-Éric Baillargeon)