Nils Wanderer au Palais Montcalm, mercredi soir. (Caroline Grégoire/Le Soleil)
Soufflés par Wanderer
28 janvier 2026
Clemens Schuldt a viré dessus-dessous le sacro-saint schéma du concert (ouverture-concerto-symphonie) pour son premier programme de 2026, avec la venue du très coloré contreténor Nils Wanderer au Palais Montcalm. Un dynamitage en règle qui permet à un autre répertoire d’éclore, ce que le public de mercredi a semblé apprécier au plus haut point.
ll est très rare que l’Orchestre symphonique de Québec annonce des supplémentaires autrement que pour les concerts choraux ou certains programmes de musique populaire. Il est vrai que la salle Raoul-Jobin se remplit plus facilement que Louis-Fréchette, mais un tel engouement (les deux soirs sont complets) pour la Symphonie no 4 de Brahms et quelques pépites baroques n’est pas étranger à la personnalité hors-norme de Wanderer.
C’est lui qui nous vaut une «quincaillerie» jamais vue à des concerts symphoniques: théorbe et clavecin – pour les extraits baroques – voisinaient piano et batterie pour les morceaux de notre époque.
Pour ses rappels, Nils Wanderer a offert deux de ses propres compositions, en anglais et en allemand. (Caroline Grégoire/Le Soleil)
L’OSQ vient évidemment jouer dans les tales des Violons du Roy en invitant un contre-ténor chantant Purcell et Haendel, sans parler des extraits instrumentaux des Boréades de Rameau exécutées en deuxième partie. Sur le plan purement orchestral, l’avantage est du côté des seconds, l’OSQ s’aventurant trop rarement dans ce répertoire pour atteindre la pureté sonore requise.
Qu’à cela ne tienne, l’orchestre nous a offert une vibrante première partie, la Sinfonia de la Cantate Christ lag in Todesbanden, BWV 4, de Bach, introduisant, sans interruption la symphonie de Brahms, dans la même tonalité. Une symphonie dirigée avec beaucoup de tendresse, et de force aussi quand il fallait, malgré quelques «coutures» qui aurait pu être renforcées en répétition, notamment chez les vents.
La deuxième partie était nettement plus singulière. Quelque chose de jamais vu à l’OSQ. D’abord une Canzon de Giovanni Gabrieli jouée par les cuivres en stéréophonie dans la corbeille scène, un moment saisissant. On ne joue pas assez ce répertoire ici.
C’est après que Wanderer arrive, grimé comme un fantôme de l’Opéra androgyne, pour When I am laid de Didon et Énée de Purcell et Stille amare de Tolomeo de Haendel. La voix du contreténor n’est pas encore bien réchauffée dans le premier morceau, mais on est tout de suite happé par sa présence, le genre de présence qui interdit de diriger ailleurs le regard. Par son incarnation totale du texte et sa gestuelle théâtrale joliment surannée, le chanteur allemand, qui fera ce printemps ses débuts au Metropolitan Opera, nous gagne immédiatement à sa cause.
Mais la diva doit se changer. C’est à ce moment que l’orchestre interprète ses deux extraits des Boréades, un répertoire à mille années-lumière de son ordinaire, mais dans lequel Clemens Schuldt s’amuse beaucoup.
Il est très rare que l’Orchestre symphonique de Québec annonce des supplémentaires autrement que pour les concerts choraux ou certains programmes de musique populaire. (Caroline Grégoire/Le Soleil)
L’invité de la soirée revient – de l’arrière du parterre! – pour deux autres tubes, What power art thou (Air du froid) de King Arthur de Purcell, et Lascia ch’io pianga de Rinaldo de Haendel. Si ce n’est d’un étrange et longuissime point d’orgue dans la reprise du second air, le chanteur vise encore dans le mille avec sa palette de couleurs aux millions de nuances.
Autre changement de costume, autre intermède orchestral, plus long cette fois-ci, avec la Fantaisie sur Greensleeves de Vaughan Williams, dirigée assez allant, puis Aheym de l’États-Unien Bryce Dessner. L’arrangement par Aleksey Shegolev, professeur au Conservatoire, de cette œuvre écrite pour quatuor à cordes distribue efficacement le matériau aux différents groupes instrumentaux, évitant la relative monotonie d’une interprétation aux seules cordes. Les éclairages enlevants de Nyco Desmeules, concepteur-éclairagiste en résidence, traduisent énergiquement cette œuvre dédiée aux ancêtres juifs du compositeur.
Nils Wanderer revient pour son dernier tour, cette fois-ci avec Hallelujah de Cohen, dans un arrangement aux surprenantes harmonies, puis Skyfall d’Adele. Il interprète les deux morceaux au micro en alternant entre ses voix de contreténor et de baryton.
Pour ses rappels, le généreux chanteur a offert deux de ses propres compositions, en anglais et en allemand.
Ce programme, qui marque également les débuts officiels comme violon solo de Sheila Jaffé, est redonné jeudi soir à guichets fermés.