Mot du directeur artistique
Chers abonnés et amis,
En décembre 1968, j’ai dirigé mon tout premier concert avec un orchestre professionnel. On pouvait y entendre comme soliste un autre jeune Israélien,
un violoniste inconnu du nom de Pinchas Zukerman, avec l’Orchestre de Louisville, au Kentucky, où je venais d’obtenir le poste de chef assistant.
Quarante ans plus tard, je me souviens encore de cette merveilleuse euphorie qui m’habitait, l’exaltation d’un musicien de 25 ans qui dirige la
Symphonie n° 4 de Brahms pour la première fois.
Tenter de résumer 40 ans de carrière est un exercice enrichissant, mais extrêmement complexe. Je me souviens très bien des premières années où
je sollicitais les agents pour qu’ils fassent appel à moi pour un concert et des concours de direction d’orchestre auxquels je participais pour faire
avancer plus rapidement ma carrière.
À 31 ans, j’ai été nommé directeur musical de mon premier orchestre professionnel, en Hollande. J’avais enfin la chance de diriger les partitions
que j’avais étudiées depuis l’âge de 15 ans et d’apprendre comment obtenir de l’orchestre les sonorités que j’avais imaginées. Depuis lors, j’ai occupé
neuf postes de directeur musical en plus de diriger 130 orchestres à titre de chef invité dans plus de 30 pays différents.
On n’oublie jamais l’expérience terrifiante de remplacer au pied levé, avec à peine quelques heures d’avis, un chef malade. C’est d’ailleurs à ce type de
circonstances (aux résultats convaincants) que je dois deux de mes postes permanents, le premier avec l’Orchestre philharmonique d’Arnhem, en Hollande,
et le second, plus récent, avec l’Orchestre symphonique de Hambourg. Une expérience particulièrement marquante est celle où j’ai été appelé à remplacer
Carlos Kleiber à l’Orchestre philharmonique de Berlin, à quelque 20 heures d’avis !
Pendant la saison 2008-2009, je célébrerai non seulement quarante ans de direction, mais également dix ans au pupitre de l’OSQ, ce dont je suis
particulièrement fier. C’est le poste que j’ai occupé le plus longtemps et pour une bonne raison : la chimie entre les musiciens de l’OSQ et moi-même
est tout à fait exceptionnelle. Parfois, je me dis que la « lune de miel » que j’ai vécue à mon arrivée à Québec n’est pas terminée. Les liens que j’ai
noués avec les musiciens sont de plus en plus forts au fil des ans.
Pendant ces dix années, l’OSQ a évolué sur le plan artistique de façon importante et impressionnante. Toutes les sections de l’orchestre ont
maintenant atteint le même degré élevé de qualité, des violons à la sonorité chaleureuse en passant par notre superbe section des vents, jusqu’aux
excellents cuivres et percussions. L’orchestre a appris à exprimer avec une grande sensibilité les nuances et les styles différents et il a développé un
son raffiné d’une qualité remarquable.
De plus, le lien privilégié que j’ai avec le public de l’OSQ me tient énormément à coeur. En effet, je ressens toujours cette relation intense dès que
j’entre en scène au début de chaque concert.
C’est avec grand enthousiasme que je célébrerai avec vous, chers abonnés et amis, cette saison anniversaire bien spéciale.
YOAV TALMI